L'Ermitage - Salon de Malachite

L'Ermitage, Saint-Pétersbourg, Russie

Государственный Эрмитаж - Малахитовая гостиная Зимнего дворца

juin 2012 
 

La malachite est un carbonate minéral de formule monoclinique, qui se forme dans la zone d'oxydation des sulfures de cuivre, souvent associée à l'azurite et au cuivre natif. Son nom vient du grec «malakhé» qui signifie « mauve » en raison de sa ressemblance avec la plante. Le cuivre contenu dans la malachite est à l'origine de son vert soutenu.

C'est au XVIIème siècle, dans la région de l'Oural en Russie, qu'ont été découverts les premiers gisements de malachite et c'est à partir de 1830 que l'on a commencé à utiliser la malachite pour fabriquer des objets d'art et des décors d'intérieur. Deux mines à elles seules donnaient environ 80 tonnes de malachite par an. Un filon important de deux cent cinquante tonnes fut découvert en 1835 dans l'Oural dans la mine Mednoroudiansky ("minerai de cuivre") appartenant à P. N. Demidov, non loin de Nijni-Taguil. Cela permit de produire de gros objets en grande quantité et de décorer les intérieurs des palais et autres monuments (notamment, la salle de Malachite du Palais Demidov à Saint Pétersbourg, la Salle de Malachite du Palais d’Hiver, la Cathédrale Saint-Isaac à Saint-Pétersbourg, le trône de l'impératrice au Kremlin, à Moscou, etc.).

La pierre fut étudiée dans les années 1760, notamment par l'abbé et astronome français Jean Chappe d'Auteroche (1722-1769), qui la popularisa auprès des collectionneurs. Mais c'est le XIXème siècle qui demeurera le siècle d'or de la malachite, en provenance principalement de l'Oural. Les producteurs de malachite, les Demidov, se contentaient d'exporter la matière première brute, et le travail du matériau restait limité par l'absence de formation des artisans.

Alors que l'on réalisait des pièces de plus en plus grandes, on abandonna l'idée de la travailler dans la masse : les trop nombreuses inclusions dans la pierre rendaient en effet le travail quasi impossible.On pensa alors à découper la malachite en lamelles pour l'utiliser en mosaïques à la manière des Florentins. Cette méthode dite de la "mosaïque russe" est apparue dans les années 1780 et concernait principalement la malachite mais aussi le lapis-lazuli et le jaspe. Elle ne s'est véritablement développée qu'à partir de 1820, lorsque des artisans qualifiés apparurent à Saint Pétersbourg. Les manufactures royales de Peterhof et d'Ekaterinbourg jouèrent alors un rôle important dans le travail de cette pierre. Une base lisse en fer ou en cuivre, plus rarement en pierre, était revêtue d'un mastic chaud composé de cire et de colophane. De minces lamelles de malachite (2 à 3 millimètres) étaient sciées puis collées sur ce support, de façon à donner l'illusion d'un morceau de malachite entier. Les espaces laissés libres entre les morceaux étaient comblés par un mastic à base de poudre de malachite. Pour finir, les surfaces étaient égrisées et polies. La malachite de couleur claire était la plus prisée.

malachite travaillée selon la technique dite de la "mosaïque russe"

Les objets en malachites sont souvent dotés de détails en bronze doré, ce qui leur confère une apparence particulièrement somptueuse. D'ailleurs la salle tout entière, mélange de verts intenses, de dorés éclatants et de rouges cramoisis, a fière allure.

La Salle de Malachite est une grande salle d’apparat du premier étage et dont les fenêtres donnent sur la Néva. C’est là que siégeait le Gouvernement Provisoire de juin à octobre 1917. Dans la nuit du 25 au 26 octobre, les bolchéviques y firent irruption, les ministres furent arrêtés et Lénine convoqua aussitôt un Congrès de paysans pauvres, lesquels furent encouragés à se soulager dans les précieux vases de malachite vert diapré. Les guides russes ne manquent pas de souligner, lorsque l'on visite cette salle, que la malachite fut le plus précieux des cadeaux offerts à Napoléon par Alexandre Ier après la signature du traité de paix de Tilsit (ces présents se trouvent à Versailles, dans le Palais du Trianon).

La Salle de Malachite a été dessinée en 1839 par l'architecte Alexandre Briullov pour être utilisée comme salle de réception par l'Impératrice Alexandra Fyodorovna, femme de Nicolas Ier. Elle remplaçait ainsi la Salle de Jaspe, détruite par le feu en 1837. Le nom de la salle vient de la malachite qui a été utilisée pour les colonnes et la cheminées.

Dans cette salle se trouve une grande urne en malachite ainsi que des meubles dessinés par Auguste de Montferrand (1786-1858), architecte français, provenant des ateliers de Peter Gambs qui furent sauvés du feu de 1837. Pendant l'époque des tsars, la Salle de Malachite servait non seulement de salon d'Etat pour la Tsarine, mais également de lieu de rassemblement de la famille impériale avant et pendant ses fonctions officielles.

C'est à cet endroit que les futures mariées de la famille Romanov étaient traditionnellement habillées par la Tsarine avant d'entrer dans le Hall Arabe adjacent pour se diriger vers la Grande Eglise pour la cérémonie.

De juin à octobre 1917 cette salle servit de siège au Gouvernement Russe Provisoire. Quand le Palais fut assiégé durant la nuit du 7 novembre 1917, les membres du gouvernement furent arrêtés dans la salle à manger adjacente.

De nos jours, la pièce a conservé sa décoration d'origine.